Les dossiersDossier N° 004Hors-série
Enterrés vivants : la grande peur qui a hanté la France (1740-1960)
France, 1740-1960 — quand on entendait frapper sous la terre
Au XIXe siècle, toute la France a peur d'être enterrée vivante : des sénateurs en débattent, des médecins cherchent le signe certain de la mort, des inventeurs vendent des cercueils à sonnette. Mais combien de Français se sont vraiment réveillés sous terre ?
Bretagne, 1867 : un aide-fossoyeur jette les premières pelletées sur un cercueil… et entend frapper. Pendant plus d'un siècle, la France a vécu dans la terreur d'être enterrée vivante.
Tout commence en 1740, quand un anatomiste doute des signes de la mort. Au XIXe siècle, la peur gagne tout le pays. Le 27 février 1866, au Sénat, le cardinal Donnet raconte qu'un jeune prêtre a entendu préparer son propre enterrement — « il est aujourd'hui au milieu de vous ». L'Académie des sciences cherche pendant des décennies un signe certain de la mort, de l'auscultation d'Eugène Bouchut à la pince du docteur Josat ; le marquis d'Ourches lègue vingt mille francs à qui le trouvera ; en 1897, le comte Karnicki présente à la Sorbonne son cercueil à drapeau. La presse s'enflamme pour des réveils au cimetière que les enquêtes démentent presque toujours : dans les maisons d'attente allemandes, 46 546 morts ont été reliés à une sonnette, et aucun ne s'est réveillé.
Quelques histoires résistent pourtant : Radegonde Dégusseau à Nieuil-l'Espoir en 1866, une femme qu'on laisse frapper une demi-heure dans son cercueil à Doussard en 1895, et Philomène Jouëtre, 24 ans, exhumée vivante à Plougonven en 1867. Ce hors-série s'appuie sur la presse de l'époque, les débats du Sénat, les traités médicaux du XVIIIe et du XIXe siècle, les brevets d'invention et les registres d'état civil retrouvés pour l'occasion.



